Bonjour Myriam, pouvez-vous vous présenter aux Afronautes ?
Bonjour, je suis née en région parisienne, mais j’ai passé mon enfance et mon adolescence en Guadeloupe. J’appartiens à une famille antillaise avec un grand A. Mon père est né en Guadeloupe, ma mère est née en Haïti.
Côté parcours, j’ai passé mon BAC en Guadeloupe, puis je suis partie poursuivre mes études en France dans l’une des plus vieilles écoles hôtelières françaises "Le lycée des métiers de l’hôtellerie Jean Drouant", établissement public local d’enseignement (EPLE). A succédé (en septembre 2002) un passage à l’école hôtelière de Paris. Elle est souvent appelée école Médéric, du nom de la rue du 17ème arrondissement dans laquelle elle se situe. C’est dans cette institution que j’ai pu perfectionner mes bases culinaires. J’ai ensuite adapté ces techniques à la cuisine que me faisait ma grand-mère. J’ai travaillé dans de grands restaurants parisiens tels que la Maison blanche, le Café de France et Chez Clément à la porte de Versailles.
A quel âge avez-vous commencé à cuisiner ?
Je sais que ça ne se fait pas au premier contact, mais je vais vous confier un secret : je ne sais pas.
Au début, on fait des trucs pour aider à la cuisine. Puis les trucs se compliquent. Arrive un moment où on commence à innover, à faire des variations, et on se retrouve à l’école avec d’autres personnes qui ont leurs propres trucs. Des profs qui nous en apprennent d’autres. On travaille avec des chefs qui ne font plus les trucs "comme on a dit", mais "dans les temps" : les clients ne doivent pas attendre.
Comment vous est venue l’idée d’écrire votre livre ?
Ben, c’est à dire, un peu comme tout le monde. Au départ je cherchais un livre simple, avec des recettes. Pas une super production hollywoodienne en 3D avec son en Dolby digital. C’aurait été chouette aussi, mais plus cher et pas très pratique dans ma cuisine.
Et puis j’ai commencé à collectionner, à mettre par écrit ces recettes qui sont dans la famille. En fait toutes les familles en ont et quand on prend le temps de les compter, on peut être surpris.
Toutes vos recettes vous viennent-elle uniquement de votre grand-mère ?
Toutes ces recettes résultent de mon parcours jusqu’à aujourd’hui. La route est encore ouverte grâce à Dieu, j’en ai d’autres dans mon sac à malice et chaque jour accouche de nouvelles idées.
400 recettes. C’est un sacré recueil ! Comment s’est passée la réalisation de votre ouvrage ?
Voilà une belle question. Que de péripéties. D’abord le harcèlement de mes proches. "Maintenant que tu as toutes ces recettes, tu vas en faire quoi ?" "Hé ! Myriam, les recettes là ! Alors ?" "Ca avance ?" "T’as fini ?". Ensuite, il y a une rencontre avec un éditeur, qui y a cru.
Le design de votre livre est plutôt simple et sans fioritures. Pourquoi ce choix quand on sait qu’à l’heure actuelle, la concurrence mise plutôt sur les photographies et l’esthétique pour vendre les livres de cuisine ?
Ca c’est une question pour mon éditeur. C’est vrai que "La cuisine antillaise de ma Grand-Mère" appartient à une collection et, à ce titre, respecte une certaine forme. Mais surtout il était important pour moi de rester simple. J’ai eu envie de donner à un lecteur comme moi ce que j’ai eu envie de trouver plus souvent.
Avez-vous vous-même déjà réalisé l’ensemble de vos recettes ? Quelle est votre préférée ?
Vous savez, beaucoup de ces recettes sont comme mes enfants, je les ai accouchées dans la tendresse. Comment choisir ? Les goûts comme les affinités varient en fonction du moment, de la circonstance. Aujourd’hui je vais avoir envie de douceur, demain je préfèrerai une préparation ayant plus de caractère. Nul besoin de choisir un plat ou un autre. Ils sont miens en un sens, mais ils appartiennent aussi à chacun et cette indépendance les fait évoluer.
Quel moment préférez-vous quand vous cuisinez ?
Celle là est facile. C’est quand l’autre goûte. Ce visage, ce regard, ces expressions juste après la première bouchée.
Y a -t il des produits ou des plats que vous n’aimez pas ?
Certainement, même si je n’ai pas encore rencontré un aliment qu’on ne puisse accommoder de façon à le rendre agréable. Tout est question de circonstances.
Quelle est la meilleure astuce culinaire qu’on vous ait donnée jusqu’ici ?
Ne jamais hésiter à m’écarter de la recette pour faire un plat adapté à mon palais. Vous savez là où on est roi et reine.
Comment réagissent les non caribéens à votre cuisine ?
L’un de mes premiers lecteurs a fait une brandade de morue à la christophine. Il m’a dit n’avoir eu aucune difficulté à trouver les ingrédients et s’être régalé après une préparation simple et rapide. Ca m’a vraiment fait plaisir. Partir à la découverte d’un plaisir qui nous est familier dans le confort de sa cuisine, c’est peut-être ce que je propose avec le plus de joie à mes lecteurs quelques soient leurs origines.
Avez-vous pensé à ouvrir un restaurant ?
Qui ayant déjà eu le plaisir de recevoir un compliment sur une préparation n’a pas eu l’envie ou le rêve d’avoir son propre restaurant ? Dès lors qu’il s’agit d’un projet, il faut savoir trouver les ressources, les volontés et l’endroit. Cette alchimie délicate est une recette, je crois, d’un grand restaurant. Mes projets immédiats me tournent d’avantage vers mon foyer, ma famille.
Que pensez-vous de la place de la cuisine afro-caribéenne dans le paysage gastronomique français ?
Je pense qu’il me faut attendre encore quelques années avant de prétendre répondre à cette question. Je ne connais ni l’ensemble du paysage gastronomique français, ni l’ensemble des cuisines caribéennes. Alors la variété culinaire du continent africain est un monument que je prends le temps de découvrir.
Pour les grandes occasions, avez-vous des suggestions de menus exotiques à faire aux Afronautes ?
Voilà un menu simple et rapide à réaliser. Créez vous même votre table et comblez vos convives avec ce menu !
Cocktail : Goyave - Passion et Litchi
Apéritif : Crevettes farcies
Entrée : Salade des tropiques
Plats : Choucroute de papaye verte - Galette de ma grand - mère
Accompagnements : Langouste à la créole
Desserts : Fruit de la passion aux fraises - Gâteau de Noël magic
Astuce du chef : dans la recette de crevettes farcies, vous pouvez remplacer les crevettes par des gambas.
Avez-vous une recette à partager ?
La recette de la brandade de morue
Ingrédients : 750g de morue salée - 500g de pommes de terre - 100g de christophine - 6 cuillères à soupe d’huile - 15 cl de lait - poivre - 2 gousses d’ail - 20 g d’échalotes ciselés - 20g de chapelure - 50g de gruyère râpé - beurre.
Recette : Mettre la morue à bouillir en changeant 2 fois l’eau de cuisson, afin de ne pas trop dessaler la morue.
Laver les pomme de terre et les mettre à bouillir avec la christophine coupée en quatre pendant 20 minutes.
Egoutter et écraser en purée, mélanger l’ail, la morue effeuillée, les échalotes et le persil à la purée, poivrer et ajouter l’huile d’olives. Mettre dans un moule, saupoudrer de fromage, de chapelure et de copeaux de beurre. Cuire au four à 200° C durant 20 minutes.
Quels conseils donneriez-vous à une jeune Afronaute désireuse de suivre votre parcours ?
Lances-toi, accroches-toi et persévères !